B) ...S'expliquent par de nombreux évènements.

Introduction

En l’espace d’une quarantaine d’années seulement, l’image de l’homosexualité a profondément changé dans l’audiovisuel, comme nous avons pu le voir précédemment. Les changements de cette image sont le reflet des changements de la société elle-même. Les homosexuel(-les) sont passés du statut de « différents », voire de martyres, à celui d’acteurs sociaux et juridiques. De nombreuses lois, de nombreux évènements sociaux sont apparus et ont permis aux homosexuels(-les) d’obtenir davantage de droits et de reconnaissances. Ainsi, de la révolte en Mai 1968 à nos jours, l’image de l’homosexualité a changé dans la société, ce qui s’est répercuté dans l’audiovisuel. Dans cette partie, nous parlerons, de façon chronologique, des différents évènements qui ont eu lieu, des 30 Glorieuses aux années 2000, et qui ont fortement changé l’image de l’homosexualité.

 

Les 30 Glorieuses, ou une crise de la famille

La période qui s’ouvre après la seconde guerre mondiale connaît des transformations sociales sans précédent : C’est la période des 30 Glorieuses.

En France, on connaît une montée des divorces, des naissances hors mariage, et des familles monoparentales : Le nombre par rapport à l’ensemble des familles est passé de 9,3% en 1968 à 17,4% en 1999. Mais la famille dite « traditionnelle » (nucléaire) domine, constituée d’un père, d’une mère, et d’un (ou des) enfant(s). Ainsi, il n’y a pas de place pour celui ou celle qui ne parvient pas à endosser le rôle de l’hétérosexuel(-le). L’homosexuel(-le) est donc exclu de cette famille traditionnelle. En effet, selon Schiltz, l’homosexuel(-le) est peu accepté par sa famille : Sur 100 homosexuels(-les), 15 sont acceptés par leur père en 1985, et 17 le sont par leur mère. Tandis que sur 100 homosexuel(-les), 27 sont acceptés par leur père en 1995, et 43 le sont par leur mère. L’homosexualité semble être plus accepté dans le temps, et principalement par la mère de famille, même si cette acceptation reste très faible.  La tolérance vis-à-vis de l’homosexualité à donc l’air de s’améliorer.

Ainsi, pendant les 30 Glorieuses, ont lieu les premières révoltes des homosexuels(-les). Ces révoltes s’inscrivent dans un cadre de revendications larges. En effet, dans un premier temps, les femmes et les jeunes ont commencé à revendiquer leur place dans la société. Derrière eux, tous les groupes opprimés les ont suivi. Les minorités nationales et les minorités sexuelles tendaient à s’affirmer, à se constituer en communauté, en sous culture (ensemble de valeurs et de normes différents de la culture dominante).

Alors, en Mai 1968, des révoltes ont lieu pour revendiquer les droits de ces minorités. Ces révoltes sont principalement étudiantes.

Cet évènement a profondément changé les pays concernés, tels que la France (piquet de grève, nombreuses barricades à Paris) ou l’Italie (grève générale décrétée par les syndicats au printemps 1968, et qui avait obtenu un grand succès). Les revendications principales des homosexuels(-les) étaient notamment la liberté sexuelle.

 

 

 

Le mouvement homosexuel est donc le parfait exemple des NMS (nouveaux mouvements sociaux), qui se distinguent des conflits dits traditionnels, décrits par Karl Marx,  qui opposaient les ouvriers et leurs syndicats, aux bourgeois (conflits du travail). En effet, les homosexuels(-les) et les associations qu’ils ont constitués sont des acteurs de ces NMS. Leurs formes d’actions sont nouvelles, comme les manifestations, ou d’autres actes originaux qui les feront remarquer (En 1993, l’association « Act Up » a habillé la concorde avec un préservatif rose).

En 1968 également, la France avait adopté la classification de l’OMS, qui classe l’homosexualité dans les maladies mentales. Cela avait alors donné une image davantage négative des homosexuels(-les) dans la société.

En 1969, il y a des émeutes à New York, qui démarrent au bar « The Stonewall » et qui voient pour la première fois les homosexuels(-les) se battre avec la police. Deux ans plus tard, en France, le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire se crée en s’inspirant directement des Gay Liberation Front américains. Ce parti déploie alors un activisme incessant, et revendique l’identité homosexuelle en « sortant de l’ombre ». La création de ce parti est le dernier évènement concernant les homosexuel(-les). Mais cet évènement est majeur et prépare à un bouleversement de l’image de l’homosexualité.

Les 30 Glorieuses se terminent en 1973 avec le premier choc pétrolier.

 

De 1975 aux années 1990 : Des évènements culturels et politiques

Après la période des 30 Glorieuses, de nombreux évènements culturels et politiques ont eu lieu. Les mœurs concernant l’homosexualité semblent déjà avoir évolués : Elle est de plus en plus acceptée. Les normes sociales (Règle imposée par la société et qui permet d’atteindre les valeurs de cette société) changent dans le temps et dans l’espace. Alors, des lois sont crées pour répondre à ces nouvelles attentes sociales. Il y a alors une émergence des normes juridiques (Règle imposée par la loi).

D’abord, l’évènement culturel marquant des homosexuels(-les) est la Gay Pride. Elle a eu lieu pour la première fois en 1975 et avait réuni des centaines de manifestants en France. La Gay Pride commémore les émeutes de 1969 à New York, où pour la première fois les homosexuels(-les) se sont rebellés et ont affrontés la police.

 

Première Gay Pride, ici à New York.

Ensuite, Avril 1981 représente un tournant politique pour les homosexuels(-les). François Mitterrand est interrogé à l’occasion de sa candidature présidentielle. Une avocate féministe lui demande « Sur un point précis, si vous êtes élu, est-ce que l’homosexualité cessera d’être un délit ? ». Il répond alors : « Il n’y a pas de raison de juger le choix, c’est dans la loi de la nature, suivant les goûts, peu importe ; le choix de chacun doit être respecté, c’est tout. » Durant cette campagne électorale, les responsables socialistes ont multiplié les contacts avec les associations homosexuelles. Au soir du 10 Mai 1981, l’annonce de la victoire de Mitterrand est fêtée.

Le 12 Juin 1981, l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales du ministère de la santé.

Durant l’été 1981, le gouvernement amnistie et libère les détenus homosexuels condamnés au titre de l’article 331 (d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 francs à 15000 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de 21 ans. Cette loi créera une distinction explicite entre rapports homosexuels et hétérosexuels s’agissant d’actes sexuels avec mineur : 21 ans pour les rapports homosexuels et 15 ans pour les rapports hétérosexuels). Ils seront environ 150 libérés.

Le 27 Juin 1982, l’alinéa 2 de l’article 331 est abrogé par l’Assemblée Nationale, et « Le Monde » peut titrer « La fin de la loi homophobe ».

Enfin, à partir des années 1980, on parle des « années SIDA ». Cette maladie est souvent associée aux homosexuels, c’est un préjugé. L’association « Act Up » est fondée en 1989 et lie étroitement la lutte contre le SIDA et l’affirmation homosexuelle. Son but est d’atténuer, de supprimer les stéréotypes et symboles de l’oppression homophobe.

 

 

Des campagnes publicitaires et des spots télévisés sont crées sur la prévention du SIDA. Les homosexuels(-les) ne sont pas encore présents dans ces spots. Mais fin 2007, on remarque dans le nouveau spot sur la prévention du SIDA, la présence d’un couple homosexuel parmi les couples hétérosexuels.

 

Par ailleurs, la médiatisation des personnes séropositives et malades, leur courage et la mobilisation des associations vont transformer l’image de l’homosexualité dans l’opinion publique dans le courant des années 1990.

On peut donc dire que les normes juridiques ont également renforcé les normes sociales.

 

Les années 1990 : A la conquête de droits

Les années 1990 voient d’abord une montée de la fréquentation de la Gay Pride. En effet, il y a un renouvellement du mouvement homosexuel (pour l’essentiel nourri de la lutte contre le SIDA qui continue). L’un des indicateurs de l’état du mouvement homosexuel est constitué par la Gay Pride. Jusqu’en 1989, la Gay Pride évite toute question d’actualité et les organisateurs refusent de parler du SIDA. Cela leur est reproché, principalement par l’association « Act Up ».

En 1989, la lutte contre le SIDA devient l’un des axes majeurs de la Gay Pride : Un évènement qui est donc de plus en plus suivi en France et dans les autres pays, principalement par les jeunes. C’est un évènement qui représente les homosexuels(-les) et montre qu’ils sont présents dans la société. C’est leur jour de fierté, de l’affirmation collective, et qui permet de se « sentier du même groupe ». Mais elle représente également une parade forte en couleurs ou en musiques, souvent électro. La Gay Pride est un évènement qui a été de plus en plus médiatisé au fil du temps, et aujourd’hui qui l’est fortement : Elle est connue de tous.

 

 

D’autres dates porteront leur importance dans les années 1990. En effet, le 17 Mai 1993, l’homosexualité est définitivement rayée par l’OMS des maladies mentales. C’est cette date qui servira pour la commémoration de la journée internationale contre l’homophobie.

Le 16 Novembre 1999, le « Pacte Civil de Solidarité » (PaCS) est voté par l’Assemblée Nationale. Il ouvre la voie à la reconnaissance par l’Etat (pour la première fois), pour entre autres les couples homosexuels. Ce PaCS est fortement accepté, principalement par les jeunes. En effet, selon l’INSEE en 2005, sur 100 jeunes âgés de 18 à 24 ans, 81 sont favorables au PaCS.

 

L’homosexualité dans les différents milieux sociaux du XXIe siècle

Si l’acceptation de l’homosexualité est devenue une réalité en France, notamment dans les sondages, dès que l’on se rapproche du concert, la réalité est différente. Certains milieux socioprofessionnels sont plus favorables aux homosexuels(-les) que d’autres, en particulier les secteurs d’activité où les femmes sont majoritaires. En effet, dans le monde de l’entreprise, la virilité est valorisée. Il existe sans aucun doute un lien avec le fait que les associations professionnelles gays se sont crées dans les entreprises (comme EnerGay à la SNCF).  L’homosexuel(-le) paraît davantage accepté par ses collègues de travail. En effet, selon Schiltz, sur 100 homosexuel(-le), 35 sont acceptés par leur collègues de travail en 1985, contre 49 en 1995.

L’homosexualité est vue de différentes manières dans les milieux géographiques. Dans les « cités » ou dans les « banlieues », elle reste un sujet tabou. Selon une enquête, encore en cours, de SOS-Homophobie : « Sans stigmatiser la banlieue, les agressions physiques y sont 33% plus importantes et violentes qu’en villes », dont les violences sexuelles.

Beaucoup de familles maghrébines vivent dans ces « banlieues » et l’homosexualité leur est un tabou : « Il y a un tel niveau de tabou dans les familles maghrébines. Il suffit que deux personnes s’embrassent à la télévision pour que les parents changent de chaîne », d’après un témoignage dans « Le Monde » en Janvier 2006.

C’est donc la socialisation (processus d’intériorisation de valeurs, de normes, d’un mode de vie, d’un langage…) qui influence l’image donnée aux homosexuel(-les).

 

Conclusion

L’homosexuel(-le) semble être davantage accepté dans la société. Des changements ont eu lieu au sein de la famille, et par l’intervention de l’état : Il y a donc  bien une interaction entre les normes sociales et les normes juridiques. En effet, la montée de la tolérance vis-à-vis des homosexuels(-les) et de la liberté sexuelle (nouvelles normes sociales revendiquées pendant Mai 1968) ont impulsé de nouvelles normes juridiques, comme le PaCS en 1999. A leur tour, ces normes juridiques ont renforcé des normes sociales, comme une plus grande tolérance des homosexuels(-les), et une éventuelle futur possibilité de mariages entre ceux-ci (encore interdit en France, mais autorises dans certains pays comme l’Angleterre ou la Belgique).

Mais ces changements restent à relativiser. En effet, certains préjugés semblent être restés, et l’image de l’homosexuel(-le) n’est pas encore toujours bien vue. En effet, le 19 Septembre 2005, « Métrobus » et « Insert » ont refusé la campagne de communication de « Rainbow Attitude Expo », première exposition consacrée aux gays et aux lesbiennes.

Certaines mentalités semblent donc persister…

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Commentaires (1)

1. natasha 09/04/2008

se respecter soi m-ême c'est respecter le choix des autres.

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